Atelier réflexion

Pratiquer des relations multispécifiques

Face aux dégradations sociales et environnementales qui bouleversent nos rapports au monde, cet atelier explore les fondements d'un animisme contemporain — juridique, anthropologique, politique — et la question de ce que signifie habiter une Terre animée. Une table-ronde réunit chercheur·es et militant·es autour des droits de la nature, de la personnification des fleuves et des perspectives multispécifiques.
Face aux dégradations et aux injustices sociales et environnementales qui bouleversent nos rapports au(x) monde(s) et qui détruisent les conditions de la vie sur Terre, de plus en plus d’expériences et de luttes collectives engagent les corps sensiblement, reconnaissent la singularité des lieux et des paysages et s’ouvrent à des relations avec des êtres autres qu’humains et plus qu’humains. Un partage du sensible inter-espèces semble être devenu pour certains « une évidence », mais pas pour tous, loin s’en faut. Une méthodologie basée sur le don réciproque, le sentir-penser inter-espèce ou sur un perspectivisme apprenant la réversibilité nature/culture selon le point de vue que l’on incarne, indique un dépassement des rapports sujet/objet, actif/passif (l’animal devenant un être sensible et non plus seulement un bien meuble sous la domination d’un maître-humain), occident/exotisme, et conduit à une reconsidération, au sein même de la tradition occidentale, d’un certain animisme. Celui-ci tient notamment à la reconnaissance d’une capacité subjective ou agentive chez les autres qu’humains qui a conduit, dans le domaine juridique, à l’attribution d’une personnalité aux animaux, aux végétaux ainsi qu’à des fleuves. Si le geste semble à première vue stratégique, il fait signe d’un profond basculement anthropologique et politique qu’il s’agit de penser et d’assumer. Mais sur quel fondement philosophique une telle reconnaissance doit-elle s’appuyer ? En d’autres termes, comment penser les bases d’un animisme contemporain ? Animisme juridique, animisme anthropologique, animisme politique, autant de termes qui indiquent un déplacement de paradigme entre les Modernes et les Terrestres, entre ceux-ci qui ont désanimé le monde pour constituer des ressources manipulables et substituables (produire/détruire) et du capital indifférencié (mise au travail général des forces/argent sans qualité), et ceux qui le cherchent à le ré-animer ou entretenir la flamme des vivants et des morts, des humains et autres qu’humains, des ancêtres et esprits, des forces et puissances terrestres. Comment habiter une Terre animée ? En quoi un animisme méthodologique(1) permettrait-il de réinventer les formes et relations sociales dans une perspective multispécifique ? Quels nouveaux clivages et processus politiques en découleraient? Quels nouveaux partages ou conflits permettrait-il de penser ? Quelles nouvelles institutions pourrait-il contribuer à faire émerger ? (1) Nous reprenons l’expression « animisme méthdologique à Alain Caillé, Revue du Mauss n° 42, « Que donne la nature ? L’écologie par le don », La découverte, 2013. Table-ronde autour des enjeux de personnification des entités autres qu’humaines, notamment des fleuves à partir de la double expérience de l’Appel du Rhône et du projet de "Parlement de Loire". 14h - 16h30 14h00 - Animation et introduction, Stefan Kristensen, "Droits et personnifications de la nature" 14:15 - Frédéric Pitaval (Appel du Rhône, Lausanne): L'Appel du Rhône, une mobilisation citoyenne, populaire et transnationale 15h - Marie-Pierre Camproux Duffrène (Faculté de droit, Université de Strasbourg): La représentation juridique de la nature et ses 15h45 - Sophie Gosselin: De la personnalité juridique à la personnification anthropo-politique : le cas de la Loire 17h - 19h 17:00 - Animation et introduction, David gé Bartoli, "De l'animisme : méthodologies et pratiqu es" Intervenant.e.s: 17h15 - Stefan Kristensen (Faculté des Arts, Université de Strasbourg / Utopiana): Pourquoi (et comment) devenir indigènes? 17h45 - Geneviève Azam (Terrestres) : D’un animisme méthodologique d’inspiration maussienne à un animisme philosophique : « Accueillir dans notre culture la sensibilité et le lexique de l’animation » avec Val Plumwood. 18h15 - Philippe Roch (écrivain, ancien dir. du WWF Suisse et dir. de l'Office fédéral de l'environnement ): La diversité dans l’Unité 18h45 - Valentin Husson (philosophe): De la cosmétique : ce que l'animisme peut apprendre à l'écologie politique.
Evénement
dès 14h
Villa Utopiana


Genève
Suisse

Stefan Kristensen

Stefan Kristensen est philosophe, docteur et habilité à diriger des recherches en esthétique et en philosophie. Il est depuis septembre 2019 professeur d’esthétique et dethéorie de l’art à la Faculté des arts de l’Université de Strasbourg.Auparavant, il fut assistant-doctorant au Département de philosophie de l’Université de Genève de 2000 à 2006, collaborateur scientifique dans le même Département de 2007 à 2010, puis au Département d’histoire de l’art de 2010 à 2016, et enfin, de 2017 à 2019, chercheur postdoc à l’Université de Heidelberg avec un projet de recherche personnel soutenu par la Fondation Fritz Thyssen sur la question de l’inconscient dans la psychosomatique. Il a soutenu une thèse de philosophie en 2007 sous la direction de Renaud Barbaras (Paris 1) et une HDR en 2016 sous la direction de Jean-Christophe Goddard. Il est l’auteur d’ouvrages et d’articles qui explorent le rôle et la structure du sujet dans les pratiques artistiques et dans la clinique psychiatrique. Sa thèse, publiée en 2010 chez Georg Olms sous le titre Parole et subjectivité. Merleau-Ponty et la phénoménologie de l’expression, discute la question du passage du sens perceptif au sens linguistique chez Husserl, Gurwitsch et Merleau-Ponty, et montre que le paradoxe de l’expression (pourquoi exprimer le sens du perçu par le langage si celui-ci n’y ajoute rien, et s’il y ajoute quelque chose, comment être sûr de ce qui a été perçu ?) est lié à la fixation d’une certaine forme du sujet, celui de la connaissance. Il a publié en 2014 un ouvrage surJean-Luc Godard (L'Age d’Homme) où il montre l’importance de la phénoménologie de la perception chez Godard pour comprendre la portée politique de son cinéma. En 2017, il a publié La Machine sensible (Editions Hermann), une étude sur l’expérience subjective du machinique, à travers la psychiatrie, l’art et l’ontologie.

Partenaires

Logo

Ne manquez pas les prochains événements d'Utopiana ! Inscrivez-vous à notre newsletter pour rester informé.

Votre adresse de messagerie est uniquement utilisée pour vous envoyer notre lettre d'information ainsi que des informations concernant nos activités. Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans chacun de nos mails.

Utopiana est soutenue par le Département de la culture et de la transition numérique, Ville de Genève, par l’Office cantonal de la culture et du sport, République et Canton de Genève et par la fplce.

 

Logo

© 2026 - Tous droits réservés.