Exposition

L’antidiscours de la méthode - Chapitre III (le pavillon)

En collaboration avec Halle Nord et dans le cadre des 1000écologies d'Utopiana, le duo d'artistes Etterspozio présentera le résultat de leur résidence 2022-2023 à l'occasion de cette exposition. Exposition du 14 juillet au 19 août 2023 Vernissage le 13 juillet à 18h30 Informations pratiques
Accompagnées par un texte du philosophe Paul Guillibert, Laura Spozio et Caroline Etter interrogent les dispositifs d'observations des animaux déployés au sein des jardins zoologiques. Ces lieux, ici désertés par les animaux, rendent soudainement ambigües les présences humaines et leurs statuts au sein de cet espace. L’animal qui manque * Que cherchons-nous à voir dans les jardins zoologiques ? La réponse semble tellement évidente qu’il paraît vain de chercher à la formuler. Des animaux, for sure. Des animaux exotiques ou autochtones, des animaux sauvages ou domestiques, mais des vivants autres qu’humains. Une part de naturalité accessible dans un environnement domestique, une nature emprisonnée dans les rêts civilisés d’un dispositif social de contrôle. Á travers les grillages ou les vitres, dans la position de surplomb que dessine une colline ou une passerelle, en contre-plongée à travers les vitres souterraines des espaces aquatiques. Pourtant, selon John Berger, il est impossible pour le visiteur de rencontrer un animal, avec ses attachements et ses impulsions, cet animal façonné par son milieu, lui-même au milieu d’un réseau d’interdépendances qui le constituent. Dans Pourquoi nous regardons les animaux ?, Berger écrit ainsi que « nulle part, dans un zoo, un promeneur ne peut rencontrer le regard d’un animal. Au plus, l’œil de l’animal cligne puis se détourne. Il regarde obliquement. Il regarde aveuglément au loin. Il balaie mécaniquement l’horizon du regard. Il a été immunisé contre toute rencontre, parce que plus rien ne peut occuper une place centrale dans son attention. » Cherchant à voir des animaux, on trouve autre chose. L’animal n’est pas complètement absent mais sa présence est le signe d’une absence de rencontre, celle-là même dont l’aléa – lorsqu’il survient dans un monde sauvage – place l’humain en position d’intrus sur un territoire où sa présence impromptue surprend l’habitant du lieu. L’exposition donne à voir cette présence-absence, tandis que l’ambiance sonore nous renvoie à un univers technique où même les voix humaines semblent étrangement lointaines et désincarnées. L’incertitude de la présence provoque un flou temporel et une indétermination taxonomique. Que reste-t-il alors quand on vide le zoo de ses animaux non humains ? Des dispositifs de circulation, des aménagements d’espaces et de naturalités. Les animaux ont déserté une scène désormais occupée par des humains dans un monde d’objets, de sons et d’images. De l’autre côté du décor, on rencontre des travailleurs isolés dans des architectures fonctionnelles, concentrés sur leurs tâches, des individus dont on ne parvient pas non plus à rencontrer le regard. Le zoo orchestre la rencontre entre humains et animaux par un dispositif de contrôle des circulations et des identités. Les places sont assignées et le parcours prescrit. Á la différence des visiteurs·ses, les travailleur·ses assurent le passage entre les mondes clos de l’humanité et de l’animalité. Car la domestication n’est jamais qu’une capture, elle est toujours aussi mise au travail d’animaux qui, dans l’espace zoologique, produisent de la valeur par le spectacle qu’ils offrent. Ici la circulation n’est donc plus tout à fait contrainte, les identités deviennent ambigües. L’animal absent, ce sont les travailleur·ses qui occupent leur place et, peut-être, sommes-nous nous mêmes enfermé·es dans le white cube de la galerie dans l’attente d’être transporté vers une nouvelle destination, un autre lieu ou un autre avenir. Paul Guillibert * Dans L’Image-Temps, Gilles Deleuze analyse l’émergence d’un cinéma politique dans le Tiers-Monde et les minorités. Selon lui, l’art ne devrait pas s’adresser à un peuple supposé déjà-là mais à un peuple en train de se constituer, en devenir. L’animal qui manque, lui aussi, est en devenir. Voir Gilles Deleuze, L’Image-Temps, Editions de Minuit, 1985 et le travail du collectif curatorial « Le peuple qui manque ».
Evénement
Halle Nord


Genève
Suisse

Laura Spozio

Formée en Photographie (Centre d’enseignement professionnel de Vevey), puis en Arts visuels (bachelor et master à la Haute école d’art et de design de Genève), Laura Spozio travaille depuis 2018 en tant que chercheuse au sein du programme pluridisciplinaire ACTION, et intègre plus récemment la commission art public du Fonds municipal d’art contemporain de Genève. Elle intervient régulièrement à la HEAD (jury et enseignement). Son travail personnel s’articule dans l’intervalle d’une pratique de vidéo expérimentale, l’exercice d’actions discrètes, et la réalisation d’installations. L’artiste explore les techniques d’observation au croisement des sciences, sciences humaines et arts visuels. A travers l’utilisation décalée d’objets et de protocoles, l’infiltration de contextes spécifiques, ou encore la réalisation de films d’observation, elle propose un déplacement de point de vue et de nouveaux types de relations et pôles d’attention pour des passants, les usagers d’un lieu ou le public d’un événement. Ses différentes enquêtes appliquées ont trouvé leur prolongement récent dans L’antidiscours de la méthode, un projet installatif et performatif, dont les deux derniers chapitres ont été développés et produits respectivement au sein de la Résidence Principale de La Becque en 2020, et d’une résidence de recherche à Utopiana en 2022 (avec ETTERSPOZIO). Certains de ses travaux ont été présentés publiquement à La Becque, à l’espace d’art indépendant TOPIC, à l’espace Duplex-Walden (carte blanche de Marie-Eve Knoerle pour le programme Walk on the Public Site de .perf), à la Villa Dutoit (2018), à la Villa Bernasconi, à LiveInYourHead, au Centre de la photographie de Genève, ou encore à l’invitation de Piano Nobile pour la Biennale Interstellaire des espaces d’art de Genève. Lauréate d’un atelier de la Ville de Genève pour la période 2022-2025, Laura Spozio travaille actuellement sur la publication d’un ouvrage collectif qui sortira au printemps prochain chez les éditeurs B42 à Paris.

Caroline Etter

Caroline Etter s’est formée à la Haute école d’art et Design de Genève où elle a effectué un Bachelor et un master en pratiques artistiques contemporaines. Ses expériences passées au sein de systèmes communautaires alternatifs l’ont amenée à questionner les discours politiques, sociaux et économiques que ces modes de vie peuvent générer. Elle a notamment remporté le prix de la photographie des droits humains à la galerie Bärtschi, Genève (2016). Son travail a été montré au GPS à Martigny (2017) mais également à LYH, Genève (2018) ainsi qu’au Musée de l’Élysée de Lausanne (2019) ou encore au MICR, Genève (2021). Elle a également été lauréate du prix Croix-Rouge 2018 et son court-métrage « Schmolitz » a été sélectionné pour le festival de films « Kasseler Dock Fest 2018 » à Kassel en Allemagne. Elle a récemment bénéficié de la Résidence Principale de la Becque avec son duo ETTERSPOZIO (2020). Duo qu’elle mène avec l’artiste Laura Spozio depuis 2018 dans une volonté commune d’interroger les rapports entre savoirs scientifiques et individus, au travers de l’utilisation détournée d’objets, la récolte d’anecdotes ou encore au moyen de dispositifs qui superposent des regards, introduisant ainsi des décalages dans la pratique de l’observation. Nourries par un échange verbal continu, les deux artistes, à l’instar d’un Bouvard et Pécuchet, explorent les techniques d’observation propres aux domaines des sciences humaines, de l’environnement ou encore de l’éthologie proposant ainsi d’apporter un éclairage sur notre rapport à l’altérité envisagée dans une relation/réseau entre humain/non-humain où se cristallise l’ambiguïté et la porosité des discours.

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